08.03.2009

Grand Paris ? grand pari !

On parle beaucoup des modifications administratives qui pourraient affecter Paris, la Petite et la Grande couronne … Depuis le dépôt du rapport d’E. Balladur ‘il est temps de décider’, chacun s’exprime et y va de son commentaire sur ce que pourraient être autant les contours que les pouvoirs de ce futur ‘Grand Paris’.
Tout le monde ?
Non !
Il y a au moins une personnalité politique qui n’a pas couru les ondes, les gazettes et les lucarnes magiques : Christian Blanc.
Pourquoi s’intéresser à son silence, me direz-vous ? Sans doute à cause de sa fonction. Depuis près d’un an Monsieur Blanc est secrétaire d’Etat au Développement de la région capitale …
Simplement pour cela.
Mais, pour paraphraser un humoriste, 'vous n'êtes pas obligé de me croire'.

29.01.2009

C'est une blague

« Il y a une filière économique pour vos enfants. C'est une blague. … Parce que la filière économique ES, mettez vos enfants dedans, et ils ne peuvent pas se permettre de se présenter dans les meilleures écoles économiques. Qu'est-ce que cela veut dire ? On dit à ton gosse, fais la filière économique, tu pourras faire de l'économie et à l'arrivée ils ne peuvent pas se présenter [aux concours]. Ce n'est pas admissible » N. Sarkozy mardi 27 janvier à Chateauroux.

On passera sur le style qui se veut direct pour en venir immédiatement au fond. Trois remarques :
- Ceux des parents dont les enfants sont en filière ES doivent être très heureux de savoir la ‘blague’ que leurs enfants leur ont faite. Ils ne doivent pas du tout être stressés d’apprendre que cela ne sert à rien et que leurs enfants ne peuvent pas se présenter aux concours.
- Ceux des étudiants qui sont dans cette filière vont être sacrément motivés à continuer à travailler pour avoir un bac inutile et pour préparer les concours qu’ils vont nécessairement rater.
- Ceux des étudiants qui sont dans les grandes écoles et qui viennent de la filière ES doivent se sentir comme des ‘miraculés ‘ dotés de compétences exceptionnelles et quasi surnaturelles.

En fait qu’elle est la réalité. Je ne parlerai qui de ce que je connais, Sc. Po. (IEP). En général, les étudiants qui viennent de la filière ES sont parmi réussissent bien le concours d’entrée et sont parmi les meilleurs de nos promotions.

Elle présente l’avantage de les avoir formé à la réflexion critique sur notre société et surtout notre environnement économique et social (car il ne faut pas oublier le ‘S’), mais c’est peut-être là le danger.

Bref pas plus mauvais que les autres et même parfois meilleurs, les étudiants originaires de la filière ES réussissent. Alors peut-être ont-ils du mal à intégrer certaines grandes écoles « économiques ». Mais de quelles écoles parle-t-on ? Il semble que même à HEC il y ait une forte proportion de ES (selon la presse). En tous les cas, il est faux de dire que cette filière ne mène à rien et qu’elle est une ‘blague’. C’est décourageant pour ceux qui y sont et vexant pour ceux qui en viennent, comme moi à l’époque où elle était encore appelée la section « B ». Et je n'ai ni le sentiment d'être un raté ni d'avoir suivi des études 'blagueuses'.

02.03.2007

Train de vie de l'Etat

Réduire le train de vie de l’Etat ! De tous les côtés ont nous promets cela. Certains donne même un chiffre :diminuer le budget de la présidence de la République de 20 %.

Soyons pragmatique. Quel est le montant du budget de la présidence ? 31.783.605 €. Soyons large : 32 millions d’€. Il faut bien se rendre compte que dans ce budget il y a non seulement
-le paiement des personnels attachés à la présidence : 957 personnes dont plus de 378 militaires (garde républicaine) : environ 15 millions d’€ ;
-le coût d’entretien du bâtiment lui-même, des travaux etc. avec les charges de fonctionnement de la présidence même somme
-la dotation du président 102.000 Euros.

Sachant qu’il faudra de toute façon chauffer et entretenir le bâtiment à moins de laisser se délabrer ou de le vendre, que la garde républicaine devra bien continuer d’exister et qu’il faudra malgré tout du personnel. Sachant que les sommes pour payer le personnel actuel sont sous-évaluées puisque une grandes partie de ce personnel est mis à disposition de la présidence par d’autres services, il ne sera pas possible de diminuer de 20 % les dépenses. C’est tout simplement un mensonge ou alors, on maquillera le budget comme on le faisait avant J. Chirac. Les dépenses étaient presque toutes prises en charge par le ministère de la défense et des affaires étrangères et donc, le budget était environ moitié moins élevé ! Mais c’est du maquillage pas une vrai diminution pas plus qu’il n’y a eut réelle augmentation sous J. Chirac contrairement on le dit souvent il y a simplement eut une « opération vérité » de la présentation des dépenses : le train de vie de l’Elysée n’a pas augmenté ou très peu. Simplement avant des dépenses n’étaient pas rangées sous cette rubrique mais sous celle des ministères précités.

Et l’on peut faire la même démonstration pour l’ensemble des pouvoirs publics constitutionnels dont la totalité des dotations n’atteint pas le milliard d’€ c’est-à-dire 0.37 % du total du budget de l’Etat qui est d’environ 270 milliards d’€. Bref, en mettant le choses au mieux, nous allons gagner en appliquant le ratio (encore une fois un possible) de 20 %, 200 millions d’€ alors que le déficit 2007 est de 42 milliards d’€. nous aurons fait 0.47 % d’économies. Je prends le pari qu’il n’y aura aucune diminution réelle (je dis bien réelle : lorsque le GLAM groupe de liaisons aériennes ministérielles –les avions transportant les personnalités du gouvernement- a été officiellement supprimé on s’est immédiatement aperçu que cela coutait plus cher de faire voyager les ministre par Air France car, évidemment, ils ne peuvent pas acheter les billets à tarifs réduit de dernière minutes au contraire. On a donc recréé le service mais en le maquillant sous la forme d’un service du ministère de la défense : l’escadron de transport, d'entraînement et de calibration ETEC. Officiellement donc plus de Glam, donc plus de dépenses des pouvoirs publics constitutionnel mais un escadron de l’armée de l’air) des dépenses des pouvoirs publics constitutionnels mais bien une augmentation et ce, quelque soit le titulaire de l’Elysée.

Maintenant si l'on veut simplement cacher les dépenses en les changeant de nom ! c'est parfait. Mais il ne faut pas prendre des vessies pour des lanternes. Les économies nécessaires au rétablissement de nos finances publiques ne se feront pas sur le train de vie de l'Etat. Certes les petits ruisseaux font les grandes rivières et il n'y a pas de petites économies. Encore faut-il que ce soient des économies. J'indiquais l'autre jour (ce billet) que si l'on voulait effectivement que les parlementaires soient présents dans l' hémicycle pour discuter et voter les lois il fallait mettre le place el mandat unique mais que cela impliquait aussi que l'on augmente (oui je dit augmente) les indemnités versées aux parlementaires pour pouvoir mettre en place un système de sanction pécuniaires pour les absences répétées. La démocratie a un coût et si l'on veut qu'elle fonctionne et qu'elle ne soit pas corrompues, il faut payer le prix qu'elle vaut.

Petite interruption de nos note en attendant le changement de logiciel. Merci de votre patience.

26.02.2007

présidentielle - billet d'humeur

- Piège en eaux troubles

C’est la nouvelle mode, il faut piéger les candidats, trouver la question à laquelle ils ne savent répondre et ensuite se marrer ! Alors je le dis tout net, si l’on veut piéger un candidat qui qu’il soit, rien de plus simple. Il suffit de préparer et de trouver les questions à tiroir qui le conduira à dire une connerie. On me dira que la chose n’est pas nouvelle On se souvient du prix du ticket de métro que ne connaissait pas un candidat. On se souvient du refus de F. Mitterrand de répondre à la question de VGE sur tel ou tel taux économique et de sa réponse, « vous n’êtes pas mon professeur et je ne suis pas votre élève ».
Il est vrai que les profs adorent ce sport. C’est le jeu du grand oral dans les concours et dans les grands écoles. Mais là au moins, on pose des questions tous azimuts sur tout et n’importe quoi, le sport, J.S. Bach (ça c’est moi), la peinture, le cinéma (c’est encore moi) et on teste les réactions des étudiants. En définitive, il importe peu qu’ils ne sachent pas (enfin il y a quand même des limites … ! surtout s'agissant de J.S. Bach lol) c’est la manière dont ils s’en tirent qui nous importe et je préfère cent fois entendre comme réponse « je ne sais pas » que d’entendre une réponse idiote.

Ici, évidemment, un candidat à la présidentielle doit savoir, il doit tout savoir sur tout et surtout avoir réponse à tout. Le candidat qui répond « je ne sais pas » est immédiatement taclé par le journaliste et tout le monde en déduit qu’il est incompétent. Le pauvre N. Sarkozy en a été victime ce matin. Il s’est planté en répondant à la question de savoir si Al-Qaïda est de tendance chiite ou sunnite. Alors après avoir tenté de se défausser en répondant qu’on ne peut pas répondre, évidemment il a choisi le mauvais "camp". Mieux, il a parlé d’ethnies pour qualifier ces deux obédiences de l’Islam (Selon N.S., qui est resté calme, sourire en coin de Bourdin signifiant sans doute « il est vraiment nul ce type ! »). Et l’on en revient ensuite au nombre de sous-marins nucléaires : attention piège, il faut bien écouter la question (c’est toujours ce que l’on dit aux étudiants …) et ne pas tomber dans le piège, il s’agissait du nombre de sous-marin nucléaire d’attaque et non pas du nombre de sous-marins nucléaires lanceurs d’engin. Et bien sûr c’est fondamental, le Président de la République a la compétence du bouton nucléaire. Au fait, je vous rappelle que le code pour lancer l’arme atomique est planqué dans la bibliothèque de l’Elysée à la première page d’un livre d’A. Decaux et A. Castello qui s’intitule : « les grandes énigmes de l’histoire ». Il y est depuis De Gaulle et je pense que personne ne l’a changé de place depuis ! (attention c’est une blague qui date de l’intérim d’A. Poher en 1969 … je précise au cas où).

On sombre dans le ridicule. Il va y avoir un gouvernement et des ministres et s’il y a une décision à prendre, le Président de la République ne va pas la prendre sans étudier un dossier préparé par des personnes qui savent cela par cœur ou qui savent ou chercher ; qui savent la différence entre les différents types de sous-marins et les différentes tendances dans l’Islam. L’élection présidentielle, ce n’est pas « question pour un champion ». Alors faut-il revenir sans cesse sur les mêmes questions et piéger systématiquement tous les candidats pour montrer qu’ils sont nuls ? Le coup des sous-marins nucléaires a déjà été fait. Faut-il qu’ils sachent aujourd’hui ce qu’ils feront demain sur tous les dossiers, sur des dossiers qui sont encore discutables et discutés (Tiens, J.-P. Elkabbach a cette fois interrogé L. Fabius sur Flamanville … et il n’aime décidément pas la réponse « rien n’est encore décidé » car, selon lui qui n’est pas de parti pris puisqu’il n’a pas encore pris parti « On va se priver de l’EPR »).

Bref à ce petit jeu je vais proposer des questions moi aussi :

Montant du déficit budgétaire ? Taux de la dernière OAT lancé par l’agence France Trésor ? Nombre de personnes travaillant aux palais de l’Elysée en ETPT ? Quelles sont les différentes résidences et propriétés affectées à la Présidence de la République ? Quel est le dernier condominium français et avec qui est-il administré ? Qui fut le premier français à porter le titre de Président de la République … et si vous en voulez d’autres j’en ai presque 3.000 en stock encore plus tordues car là, je suis resté à la limite de la compétence d’un « politique ».

Et attention, toutes ces réponses sans chercher sur internet, évidemment ! toute réponse fausse entraine pour le candidat une perte de 1 % des suffrages exprimés !

Arrêtons le massacre. Savoir gouverner c’est savoir s’entourer. Alors autant s’entourer de ceux qui savent. On ne demande pas au Président de tout savoir, on lui demande de savoir à qui poser la question pour déterminer sa politique.

Ah au fait, cher N.S. R. Prodi n’a pas été renversé au bout de trois mois … ! Et pan sur le bec. Un conseil de lecture aussi au ministre-candidat : Fonvieille-Alquier : Plaidoyer pour la IV° République, Robert Laffont 1992. On y indique que la IV° République a quand même réalisé de belles choses ? La nuance, la nuance, apprendre à nuancer le propos est aussi un art.

Mais j’avoue que, comme pour les « bourdes » de S. Royal, N.S. devient plutôt sympa ; il a montré qu’il était un « homme avec ses faiblesses et ses passions … ».

20.01.2007

Le retour du cartiérisme ?

Les forums participatifs sont moins médiatiques que les meetings. Cette affirmation mainte fois répétée semble avoir était mise à mal hier, à Roubaix, lorsqu’une dame est intervenue sur la condition des femmes battues obligées de quitter le logement familial. L’émotion de l’intervenante est sensible, la question d’importance et la manière de la poser admirable. Mais, dussé-je encourir les foudres de certains, je retiens de l’intervention en question une formule qui n’est pas sur le fond du dossier mais qui me semble être le sens de la campagne.
Pour l’intervenante, peu importe que le Président de la République voyage au Liban ou en Chine, l’essentiel est qu’il s’occupe des problèmes des français. Voilà sans doute ce qui pourrait réconcilier les électeurs et la politique. En définitive, qu’il y ait des questions internationales essentielles et qu’il y ait des femmes battues ailleurs est une considération secondaire si l’on ne met pas prioritairement l’action politique sur le terrain national. Que le Président s’occupe des questions qui touchent le quotidien de nos concitoyens semble être et en définitive est sans doute primordial. Pour le reste, personne ne fera reproche au ministre des affaires étrangères de s’intéresser aux questions internationales mais on reprochera au Président de ne pas s’intéresser aux affaires économiques, sociales et intérieures.
La chose n’est pas nouvelle ; elle peut scandaliser. Elle n’est pas nouvelle, lorsqu’on se souvient qu’en 1969, G. Pompidou mettait la priorité de son action sur les affaires économiques et s’engageait à faire en sorte qu’il y ait un lave linge dans chaque foyer. Elle peut choquer lorsqu’on est convaincu que les questions internationales sont aussi voire plus fondamentales que les problèmes franco français. Souvenons-nous de cette formule de C. De Gaulle :
« Le Président, qui choisit le Premier Ministre, qui le nomme ainsi que les autres membres du Gouvernement, qui a la faculté de le changer, soit parce que se trouve accomplie la tâche qu'il lui destinait et qu'il veuille s'en faire une réserve en vue d'une phase ultérieure, soit parce qu'il ne l'approuverait plus ; le Président, qui arrête les décisions prises dans les Conseils, promulgue les lois, négocie et signe les traités, décrète, ou non, les mesures qui lui sont proposées, est le chef des Armées, nomme aux emplois publics ; le Président, qui, en cas de péril, doit prendre sur lui de faire tout ce qu'il faut ; le Président est évidemment seul à détenir et à déléguer l'autorité de l'Etat. Mais, précisément, la nature, l'étendue, la durée de sa tâche impliquent qu'il ne soit pas absorbé, sans relâche et sans limite, par la conjoncture, politique, parlementaire, économique et administrative. Au contraire, c'est là le lot, aussi complexe et méritoire qu'essentiel, du Premier Ministre français. »
Ce Président là est-il décidément mort et les français ont-ils envie d’élire un Premier ministre au sens gaulliste du terme ? Voilà sans une des raisons du choix de certains des électeurs : ils voteront pour celui dont ils pensent qu’il s’occupera d’eux avant de s’intéresser au reste du monde. Qu’on le regrette ou non, c’est une réalité.
Il y a bien longtemps (dans les années 50) un journaliste (Raymond Cartier) avait lancé un slogan qui devait faire mouche et qui créait un mouvement portant le nom même de son auteur : La Corrèze avant le Zambèze. Le cartiérisme (qui voulait que l'on s'intéressa à la métropole avant les colonies) même revisité (supprimer l'aide au développement) n’est pas exactement ce que nos concitoyens demandent mais cela n’en est pas loin dès qu'il s'agit de privilégier les affaires intérieures et sociales sur les questions internationales.

15.01.2007

Abracadabrantesque

Notre collègue F. Rolin continue sa quête du « droit au logement opposable » et il aboutit à la conclusion qu’il s’agit d’un faux semblant. Je vous renvoie aux analyses qu’il fait de cette question, jugeant inutile de dire moins bien ce qui est parfaitement expliqué et documenté par ailleurs. Mon grain de sel, je voudrais le mettre ici sur une double remarque :
- Le droit au logement opposable, après avoir fait irruption dans la campagne électorale semble en avoir disparu. Cette campagne, si l’on peut déjà parler de campagne, ne ressemble en rien aux précédentes. Elle est la campagne du « zapping ». A peine un débat est-il ébauché qu’il est chassé par un autre.
Après un début sans écologie, N. Hulot fit irruption dans la campagne et l’écologie (on ne dit plus l’environnement ?) a été repris en boucle par les candidats. Alors que la question avait été exclue des débats internes au PS, il y revenait in extremis. Mais bien vite la question de l’éducation le supplantait. Une vidéo opportunément mise sur le net y invitait et le ministre de l’éducation lui-même ajoutait à cette nécessité impérieuse de traiter ce sujet en relançant la question de l’apprentissage de la lecture. Mais à l’instant même S. Royal partait au Moyen-Orient et son séjour était l’occasion de focaliser les caméras sur cette région du Monde et le traitement qui était le sien dans les programmes des candidats. S.R. n’avait pas encore remis le pied sur le territoire national que les "Don Quichottes" amenaient le logement et les sans abris sur le devant de l’actualité. La chose devait tenir plus longtemps avec l’aide du Président de la République prompt à s’émouvoir d’un problème récurant depuis 15 ou 20 ans si ce n’est depuis 1953 … Le Premier ministre se lançait à son tour semblant vouloir prendre de vitesse N. Sarkosy et l’affirmation qu’il avait faite de vouloir traiter la question rapidement. Abracadabrant ! Un coup de baguette magique (dont on se rend compte maintenant qu’elle n’est pas si magique que cela) semblait régler en trois jours ce que l’Abbé Pierre n’avait pas résolu en 50 ans. Don Quichotte plus fort que l’Abbé ! Exit le problème du logement voilà la Chine et ses juridictions qui statuent plus vite que les juridictions françaises comme le notait « bravitudement » S.R. Elle revient et « psitt » on passe à la fiscalité et à la suppression des avantages fiscaux accordés par l’actuelle majorité non sans avoir pendant 12 heures parlé de l’indépendance des médias avec F. Bayrou. Bref, il n’y a plus de sujet important, il n’y a plus de sujet d’hier. Il y a le sujet du jour. Jamais sans doute une émission radiophonique n’a un porté un titre autant en adéquation avec son temps : « C’est arrivé demain ». Le jeu des pronostics pour savoir quel sera le sujet de demain pourrait d’ailleurs être lancé. La seule certitude que l’on ait c’est que le sujet de demain ne sera pas celui d’après-demain. Ce n’est pas qu’il n’y a plus de fond c’est qu’il ne dure pas ; il n’intéresse pas. A parler de tout on ne parle de rien et l’on ne fâche personne. A moins qu’en parlant de tout sans rien dire de sérieux on arrive à fâcher tout le monde. L’avenir le dira.
- L’effet d’annonce est devenu la façon la plus aboutie de régler les problèmes. Par le passé (je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître) il suffisait de créer une « commission » ou de faire des « Etats généraux » et de demander un rapport. Plus tôt encore, on nommait un « Monsieur » : Monsieur « Moto », Monsieur « Sécurité » … Maintenant on a fait un progrès fantastique dans le règlement des crises sociétales : il suffit de dire que la crise est réglée et elle l’est. C’est plus efficace encore que de promette car, si vous promettez, c’est que la question n’est pas encore réglée et qu’elle reviendra sur le devant de la scène. Ici plus de risque, la question ne reviendra pas, le problème est réglé, fini, terminé, on passe à autre chose : c’est la sortie définitive de crise. Et pour l’instant sa marche.
Il y a un problème ? Pas de soucis, on annonce une future loi qui nécessitera des décrets d’application et une mise en œuvre improbable et le tour est joué, le problème a disparu. J.-L. Debré ne disait rien d'autre dans ses voeux au Président de la République : "souvent, la tendance qui prévaut est qu'une fois la loi votée, on considère le problème réglé". C’est de la prestidigitation de haut niveau.

Reste à lier les deux remarques et là rien de plus simple. C’est du Houdini, ce prestidigitateur capable de faire disparaître un éléphant en public sans que personne voit le truc. Le truc, quel truc ? Il le dit lui-même : détourner l’attention du public sur autre chose. C’est exactement ce qui se passe maintenant. Un problème ? Simple dire qu’il est réglé et pour que le public le croit, faire en sorte qu’il s’intéresse à autre chose. Comme au cirque on applaudi l’artiste, mais rappelons que Houdini mourra de l’un de ses tours : un spectateur l’a frappé alors qu’il n’était pas prêt à recevoir le coup. Espérons que nos « hommes et femmes » politiques sont mieux préparés. Car lorsque les citoyens comprendrons qu’il assistent à un spectacle de magie …

26.10.2006

Etat général

Et revoilà les cahiers de doléances
Vieille institution d’ancien régime (est-ce un signe de l’usure du temps et de notre démocratie ?) les cahiers de doléances étaient rédigés dans les baillages et sénéchaussées pendant toute la période de préparation des Etats généraux. Ils s’agissait pour les trois ordres (on oublie souvent qu’il y avait des cahiers du clergé et de la noblesse) de faire remonter au Roi les « doléances » mais aussi et surtout les propositions de ses sujets. Pour les Etats de 1789, les cahiers sont une mine d’informations sur la société de l’époque et leur lecture laisse parfois sans voix. Rares sont ceux, même du Tiers, qui demandent des changements radicaux, des réformes importantes ou même des réformes profondes. Non, leur lecture approfondie montre qu’il s’agit pour l’essentiel de demander au Souverain plus de considération envers ses sujets ainsi que la prise en compte de leurs maux que des décennies d’incurie et d’ignorance avaient occultés.
Et voilà qu’en ce début de XXI° siècle, les plus démunis parmi les citoyens n’ont pas d’autre moyen de faire connaître la détresse qui est la leur que par des « cahiers de doléances » remis aux parlementaires. Qu’il s’agisse des détenus il y a quelques jours ou des quartiers hier, c’est par ce procédé d’u autre âge que les problèmes « remontent » vers les élus. C’est en dire long sur la déconnection de notre démocratie et de notre système représentatif … Les parlementaires (comme les gouvernants mais c’est encore plus choquant) sont tellement déconnectés de la bases qu’il leur faut recevoir de « cahiers de doléances » pour découvrir les problèmes. « Maintenant nous avons le sentiment d’être entendu » disait hier, confiant, l’un des membres du collectif qui a remis ces « cahiers » des quartiers. Puisse-t-il avoir raison et à défaut être écouté.
Ce hiatus entre les élus et les électeurs, pire entre les représentants et les citoyens (car il n’y a pas que des élus et bien des participants à ces cahiers ne sont pas électeurs) est une des faillites de notre système politique. Il peut comme en 1789, en devenir la raison de la chute. Il ne s’agit pas de verser ici dans le « déclinisme » cher à N. Baverez et dans le catastrophisme ambiant mais simplement de constater que des questions essentielles du fonctionnement de notre modèle social sont laissés sans réponse. « il est kéblo l’ascenseur social » ; « la prison fabrique des délinquants et ne réinsère pas » : voilà deux constats qui sont sans appel et, hélas, vrai du moins partiellement.
Prenons la première année de l’IEP de Lille. Oui vous, mes chers étudiants ! Regardez vous ! Ayez la curiosité de tourner la tête autour de vous le vendredi matin dans l’amphithéâtre. Vous êtes, les bons jours (il est vrai que pour reprendre le mot d’un de vos camarades, j’ai la fâcheuse habitude de faire cours au milieu de la nuit … à huit heures du matin) 150 dans l’amphi. Pensez-vous être représentatifs de la société française d’aujourd’hui ? On dit, c’est sans doute exagéré mais hélas partiellement juste, que vous serez l’élite de la France de demain … Alors, jouez ce rôle d’élite en refusant d’être simplement la copie de la France du XIX°. Proposez, innovez, étonnez en suggérant que le mode de recrutement de l’élite reflète mieux qu’il ne le fait la sociale mixité de notre pays. Sinon dans quelques années, le peuple vous fera des « remontrances » avant de faire la révolution. L’histoire de se répète pas, c’est vrai. Elle a pourtant tendance parfois à bégayer. Ces « cahiers » ne me choquent pas, ils n’inquiètent et, pour reprendre un bon mot de notre grand « Littré », ils ne me surprennent pas, ils m’étonnent comme m'étonne l’étonnante absence d’étonnement qu’ils gérèrent.

01.10.2006

Travaux

La solution au problème d'immigration des Etats riches serait-elle dans la construction de murs d'enceinte aux frontières ?
L'idée n'est pas nouvelle. On a connu entre l'Angleterre et l'Ecosse le mur d'Hadrien renforcé un temps par celui d'Antonin. on a connu la Grande muraille de chine. Ce fut ensuite le mur de Berlin, ouvrage d'autant plus original qu'il est le premier à ne pas chercher à empêcher les gens d'entrer sur le territoire fortifié mais les habitants de la forteresse de sortir. En 1989 on pensait ces constructions révolues. Les revoilà en solutions miracles, essentiellement destinées à faire croire aux populations qu'elles enserrent qu'elles sont à l'abri comme derrière les rempart d'un château ou d'une ville fortifiée au Moyen-âge. Décidément l'histoire est un perpétuel recommencement.
On donc voit s'édifier lentement mais inexorable un mur au cœur même d'Israël pour séparer des populations réputées dangereuses et assurer la sécurité des populations réputées pacificistes. Voilà maintenant le mur entre les USA et le Mexique. L’Europe pourra-t-elle rester sans son mur ? Va-t-on transformer la barrière de grillage qui protège les enclaves de Ceuta et Melilla également en un ouvrage de pierres ou de béton ?

Un chose est certaines si tous ces murs n'ont servi à rien à l'échelle historique, ils sont devenus des hauts lieux touristiques de nos jours. C'est donc en espérant sans doute un développement du tourisme "mural" que ces édifices sont bâtis aujourd'hui. Voilà un investissement à long terme d’un nouveau genre pour les Etats et je suggère qu’ils soient tut de suite inscrits au patrimoine mondiale de l’humanité par l’UNESCO.