01.02.2009

Du cérémonial byzantin

Nous sommes maintenant en février 2009 et que d'évènements, que d'annonces et que de discours. On pense, bien sûr, au Président de la République qui a érigé la parole en mode de gouvernement, l'annonce en décision, et les projets en réalisations. La présentation de vœux a été cette année démultipliée et délocalisée. Jamais, en si peu de temps, autant de messages et de prises de positions. Nous sommes abreuvés et pourtant il nous manque un discours. Celui qui, il y a deux ans, il y a un an semblait être le plus important, d'autant plus important qu'il était impossible à faire : le discours à la représentation nationale.

Que n'avons nous pas entendu ... Qu'il n'était pas normal que le Président de la République puisse s'adresser à tous les Parlements du monde, y compris au Parlement européen (ce que du reste il a fait) alors qu'il ne pouvait pas prendre la parole devant le Parlement français. Qu'il n'était pas normal que tous les chefs d'Etat du monde puissent s'adresser au Parlement français et pas le Président de la République française. Qu'il était archaïque que le Président doivent, pour entrer en contact avec le Parlement, rédigé un message qui serait lu par un tiers (Premier ministre ou Président de l'assemblée considérée) et qu'il ne puisse pas s'adresser directement aux représentants du peuple. Qu'il était archaïque que les parlementaires doivent écouter la lecture du message présidentiel debout ... (Ne pouvait-on décider qu'ils seraient désormais assis ?). Que tout cela n’était que l’héritage d’une période révolue, celle de Monsieur Tiers à la fin du XIX° siècle alors que notre monde moderne … etc.

Il est vrai que cette procédure est issue du « cérémonial chinois » inventé par les monarchistes pour empêcher le républicain Tiers, Président de la République, de parvenir à retourner la majorité monarchiste de l’Assemblée nationale en sa faveur par l’un de ces discours dont il avait le secret, lui, orateur exceptionnel. Il est vrai que depuis le Président de la République n’a plus accès aux enceintes parlementaires pour quelque raison que ce soit et que, de ce fait par exemple, lorsqu’il c’est agit de faire inaugurer une exposition au Palais Bourbon par le Président Mitterrand, les cérémonies ont eu lieu dans la cour. Il est vrai que cela semble être la manifestation d’un passé révolu.
Mais tout cela n’est pas notre propos. Le Président voulait parler devant la représentation nationale et il n’est pas sûr que celle-ci, même majoritairement composée de partisans du Président l’ai souhaité. On en veut pour preuve le « cérémonial » sans doute moins « chinois » mais très « byzantin » qui est résulté de la révision de 2008.

Que voulait le Président ? Parler quand bon lui semble. Où voulait-il pouvoir s’exprimer ? Devant l’assemblée nationale.
Qu’obtient-il ? La possibilité de parler devant le Congrès, réunion des deux assemblées à Versailles, ce qui suppose qu’il prévienne et que l’on organise, à grands frais, le déplacement des députés et des sénateurs sous les ors royaux. Au bilan, exactement ce que le Président de la République ne souhaitait pas.

Les symboles sont forts : faire déplacer les Parlementaires au Palais du Roi Soleil pour s’exprimer devant la représentation nationale, ce n’est plus tout à fait la République. Faire un onéreux déplacement en période de crise, ce n’est plus tout à fait d’actualité et organiser, nécessairement longtemps à l’avance le verbe présidentiel, ce n’est plus tout à fait la spontanéité. Enfin, pourquoi ne pas le dire, s’adresser aux parlementaires dans un discours convenu et nécessairement solennel, ce n’est plus s’adresser au peuple.

Alors, certes, il y a l’ego ! La volonté de faire comme le Président des Etats-Unis d’Amérique, un discours sur l’Etat de l’Union. Mais il y a l’autre symbole : faire comme en Grande-Bretagne, un discours du trône, origine réel de ces interventions. Mais que lit la Reine devant le Parlement britannique ? Un discours rédigé par le Premier ministre !

Y-a-t-il encore une place aujourd’hui, alors que le JT de 20 h de TF1 remplace la représentation nationale et les déplacements dans les provinces remplacent la représentation des collectivités territoriales, y-a-t-il encore de la place pour s’exprimer en majesté, devant l’Assemblée Nationale et le Sénat rassemblés ?

S’adresser à la France aujourd’hui c’est s’adresser au français plus qu’à leur représentants. L’annonce que, suite aux manifestations de jeudi, le Président interviendra à la télévision est la preuve de ce lien entre le Président et le peuple par l’intermédiaire de la télévision. Il pourra y parler longuement ; le discours versaillais n’aurait conduit qu’à un résumé avec surtout des images de faste. Un jour peut-être interviendra-t-il à Versailles et ce sera alors un évènement d’autant plus excitant que ce sera la première fois depuis près de 150 ans. Mais quelle sera la portée de cette intervention en dehors de son aspect théâtral ? L’avenir et la fréquence des interventions présidentielles devant le Congrès le dira, mais on ferait bien le pari : après la première fois l’intérêt de la chose sera retombé au niveau de celui des messages lus devant les assemblées séparées. Car souvent, après la première fois, la routine s’installe avant de faire place à l’ennui.

Commentaires

Tout à fait d'accord avec vous. Je pense en effet que le président voudra un jour profiter de cette possibilité, ce qui donnera à mon avis ce scénario :
_ Annonce en grande pompe "Le président va parler au peuple"...
_ Refus des parlementaires de l'opposition de se rendre à Versailles, n'ayant pas une volonté démesurée de servir de faire-valoir au président
_ Discours à Versailles devant les parlementaires de la seule majorité...
_"Fuite" dans le Canard enchaîné du coût du déplacement
_Annonce d'une mesure quelconque pour focaliser les médias sur autre chose que ce flop...

Ecrit par : Chom | 03.02.2009

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