02.10.2008
De la fin du second mandat
Les récents évènements de la crise financière internationale ont montré une particularité du régime américain : les derniers mois du second mandat d’un président impopulaire sont particulièrement difficiles. Celui-ci peine à gouverner encore et, en cas de crise, peine à imposer des réformes indispensables ou jugées telles. En fait, dès lors que le Président en fonction ne peut plus se représenter, le parti dont il est issu se doit de lui trouver un successeur. Et celui-ci ne peut, s’il ne veut pas apparaitre comme le continuateur d’une politique qui n’est pas appréciée, que se démarquer du pouvoir en place. Il doit incarner le changement et donc montrer en quoi il sera différent du Président critiqué. C’est le difficile challenge que doit affronter John McCain.
De même, les parlementaires qui sont du même parti que le Président se doivent, s’ils veulent être réélus, de montrer qu’ils ne sont en rien liés aux échecs du pouvoir en place quand bien même ils le soutenaient.
Cette conjonction de phénomène conduit dans la situation actuelle au blocage sur le vote du plan de sauvetage du système financier et à la fronde des parlementaires et du candidat républicain.
La fin du second mandat d’un président américain est généralement sans éclat, ici on sent presque l’agonie.
Deux différences essentielles distinguaient les Etats-Unis et la France : le Président et le Parlement n’étaient élus ni pour la même durée ni conjointement et le mandat présidentiel était indéfiniment renouvelable. En 2000 on a non seulement aligné les deux mandats mais également inversé le calendrier pour que les élections législatives suivent rapidement l’élection présidentielle ; en 2008 on a limité à deux le nombre de mandats présidentiels.
Bref, on peut se demander si le cumul de ces réformes ne conduira pas, après un ‘décennat’, à un nécessaire endormissement, voire à une fronde des modernes contre les anciens du parti au pouvoir. Ceci est peut-être même d’autant plus certain que la durée du mandat présidentiel est plus longue en France. Il faudra attendre 2017, au mieux, pour le savoir. Mais en fait, ne peut-on d’ores et déjà affirmer que, si le Président actuel est réélu, il lui restera moins de trois ans pour agir. A partir de ce délai, des ambitions se feront jour, et en général il n’y a pire ennemis que ses anciens amis surtout lorsqu’il s’agit de campagne électorale. Mais l’actuel président doit bien le savoir. N’a-t-il pas lui-même fait l’essentiel de sa campagne contre l’immobilisme chiraquien ?
Pourtant, les choses risquent d’être plus dures encore. Il est vrai que l’âge de J. Chirac semblait laisser peu de place à l’hypothèse d’un troisième mandat. Néanmoins, ceci n’est devenu une certitude que tardivement. Et avec un Président plus jeune (…) les choses auraient pu être différentes. Alors pourquoi avoir voulu cette limitation des mandats que rien ne justifie ? On ne peut que s’étonner d’autant plus que le Comité Balladur n’avait souhaité cette modification.
Qu’importe, direz-vous, il sera toujours possible que le Président sortant et nécessairement sorti devienne le Premier ministre de son successeur. Mais outre que la France n’est pas la Russie, ce serait aussi admettre que les pouvoirs du Président et du Premier ministre sont interchangeables. Ce serait alors nier l’intérêt de l’élection présidentielle pour en revenir à une lecture ‘parlementaire’ de la Constitution. Or, si on a renoncé à modifier la constitution pour en faire une constitution présidentielle, il n’est pas certain que les électeurs comprennent qu’on leur demande de changer de régime pour garder le même chef du pouvoir exécutif.
15:19 Publié dans Droit Constitutionnel | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : constitution, président de la république, mandat




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