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26.02.2007

présidentielle - billet d'humeur

- Piège en eaux troubles

C’est la nouvelle mode, il faut piéger les candidats, trouver la question à laquelle ils ne savent répondre et ensuite se marrer ! Alors je le dis tout net, si l’on veut piéger un candidat qui qu’il soit, rien de plus simple. Il suffit de préparer et de trouver les questions à tiroir qui le conduira à dire une connerie. On me dira que la chose n’est pas nouvelle On se souvient du prix du ticket de métro que ne connaissait pas un candidat. On se souvient du refus de F. Mitterrand de répondre à la question de VGE sur tel ou tel taux économique et de sa réponse, « vous n’êtes pas mon professeur et je ne suis pas votre élève ».
Il est vrai que les profs adorent ce sport. C’est le jeu du grand oral dans les concours et dans les grands écoles. Mais là au moins, on pose des questions tous azimuts sur tout et n’importe quoi, le sport, J.S. Bach (ça c’est moi), la peinture, le cinéma (c’est encore moi) et on teste les réactions des étudiants. En définitive, il importe peu qu’ils ne sachent pas (enfin il y a quand même des limites … ! surtout s'agissant de J.S. Bach lol) c’est la manière dont ils s’en tirent qui nous importe et je préfère cent fois entendre comme réponse « je ne sais pas » que d’entendre une réponse idiote.

Ici, évidemment, un candidat à la présidentielle doit savoir, il doit tout savoir sur tout et surtout avoir réponse à tout. Le candidat qui répond « je ne sais pas » est immédiatement taclé par le journaliste et tout le monde en déduit qu’il est incompétent. Le pauvre N. Sarkozy en a été victime ce matin. Il s’est planté en répondant à la question de savoir si Al-Qaïda est de tendance chiite ou sunnite. Alors après avoir tenté de se défausser en répondant qu’on ne peut pas répondre, évidemment il a choisi le mauvais "camp". Mieux, il a parlé d’ethnies pour qualifier ces deux obédiences de l’Islam (Selon N.S., qui est resté calme, sourire en coin de Bourdin signifiant sans doute « il est vraiment nul ce type ! »). Et l’on en revient ensuite au nombre de sous-marins nucléaires : attention piège, il faut bien écouter la question (c’est toujours ce que l’on dit aux étudiants …) et ne pas tomber dans le piège, il s’agissait du nombre de sous-marin nucléaire d’attaque et non pas du nombre de sous-marins nucléaires lanceurs d’engin. Et bien sûr c’est fondamental, le Président de la République a la compétence du bouton nucléaire. Au fait, je vous rappelle que le code pour lancer l’arme atomique est planqué dans la bibliothèque de l’Elysée à la première page d’un livre d’A. Decaux et A. Castello qui s’intitule : « les grandes énigmes de l’histoire ». Il y est depuis De Gaulle et je pense que personne ne l’a changé de place depuis ! (attention c’est une blague qui date de l’intérim d’A. Poher en 1969 … je précise au cas où).

On sombre dans le ridicule. Il va y avoir un gouvernement et des ministres et s’il y a une décision à prendre, le Président de la République ne va pas la prendre sans étudier un dossier préparé par des personnes qui savent cela par cœur ou qui savent ou chercher ; qui savent la différence entre les différents types de sous-marins et les différentes tendances dans l’Islam. L’élection présidentielle, ce n’est pas « question pour un champion ». Alors faut-il revenir sans cesse sur les mêmes questions et piéger systématiquement tous les candidats pour montrer qu’ils sont nuls ? Le coup des sous-marins nucléaires a déjà été fait. Faut-il qu’ils sachent aujourd’hui ce qu’ils feront demain sur tous les dossiers, sur des dossiers qui sont encore discutables et discutés (Tiens, J.-P. Elkabbach a cette fois interrogé L. Fabius sur Flamanville … et il n’aime décidément pas la réponse « rien n’est encore décidé » car, selon lui qui n’est pas de parti pris puisqu’il n’a pas encore pris parti « On va se priver de l’EPR »).

Bref à ce petit jeu je vais proposer des questions moi aussi :

Montant du déficit budgétaire ? Taux de la dernière OAT lancé par l’agence France Trésor ? Nombre de personnes travaillant aux palais de l’Elysée en ETPT ? Quelles sont les différentes résidences et propriétés affectées à la Présidence de la République ? Quel est le dernier condominium français et avec qui est-il administré ? Qui fut le premier français à porter le titre de Président de la République … et si vous en voulez d’autres j’en ai presque 3.000 en stock encore plus tordues car là, je suis resté à la limite de la compétence d’un « politique ».

Et attention, toutes ces réponses sans chercher sur internet, évidemment ! toute réponse fausse entraine pour le candidat une perte de 1 % des suffrages exprimés !

Arrêtons le massacre. Savoir gouverner c’est savoir s’entourer. Alors autant s’entourer de ceux qui savent. On ne demande pas au Président de tout savoir, on lui demande de savoir à qui poser la question pour déterminer sa politique.

Ah au fait, cher N.S. R. Prodi n’a pas été renversé au bout de trois mois … ! Et pan sur le bec. Un conseil de lecture aussi au ministre-candidat : Fonvieille-Alquier : Plaidoyer pour la IV° République, Robert Laffont 1992. On y indique que la IV° République a quand même réalisé de belles choses ? La nuance, la nuance, apprendre à nuancer le propos est aussi un art.

Mais j’avoue que, comme pour les « bourdes » de S. Royal, N.S. devient plutôt sympa ; il a montré qu’il était un « homme avec ses faiblesses et ses passions … ».

Commentaires

Merci pour ce billet d'humeur! Je partage votre opinion sur la tendance de la campagne à se transformer en "questions pour un champion". Je n'ai pas entendu l'erreur de N. Sarkozy mais me souviens de l'interrogatoire de S. Royal mené par le même Bourdin. La manière dont il l'avait interrogée sur le nombre de sous-marins nucléaires et son ton m'avaient scandalisé. D'ailleurs, pourquoi a-t-il interrogé Sarkozy sur un sujet similaire? Peut-être cherche-t-il à prévenir les critiques (justifiées selon moi) sur le traitement différent des "bourdes" de S. Royal et les erreurs de Sarkozy (sur l'auteur de la citation "vous n'avez pas le monopole du coeur" par exemple).

Ecrit par : MT | 26.02.2007

Je partage également votre opinion. Cependant, je pense qu'il y a des connnaissances basiques qu'un candidat à l'élection présidentielle doit avoir. Les questions que vous énumérez ne me semblent pas de la même importance que celles concernant la dissuasion nucléaire, qui fait débat en ce moment.
Mme Royal a répondu purement au hasard et nous a démontré son ignorance au sujet de la dissuasion nucléaire. Ce qui est grave pour une candidate à l'élection présidentielle.
L'erreur de N. Sarkozy à ce sujet est différente car la question concernée les SNA et non les SNLE, ce qui peut porter à confusion. Peut être a-t-il confondu SNA et SNLE (ce qui prouve qu'il connait les SNLE!). mais sincèrement, qui faisait la différence hier? Comme vous le dites, il est sûrement entouré d'experts au point sur ces questions techniques pointues.
Mais malgré tout il me semble important pour qui a la prétention de devenir président d'avoir des connaissances de bases sur ses sujets clés comme celui de la défense.

Ecrit par : Aude | 28.02.2007