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20.01.2007
Le retour du cartiérisme ?
Les forums participatifs sont moins médiatiques que les meetings. Cette affirmation mainte fois répétée semble avoir était mise à mal hier, à Roubaix, lorsqu’une dame est intervenue sur la condition des femmes battues obligées de quitter le logement familial. L’émotion de l’intervenante est sensible, la question d’importance et la manière de la poser admirable. Mais, dussé-je encourir les foudres de certains, je retiens de l’intervention en question une formule qui n’est pas sur le fond du dossier mais qui me semble être le sens de la campagne.
Pour l’intervenante, peu importe que le Président de la République voyage au Liban ou en Chine, l’essentiel est qu’il s’occupe des problèmes des français. Voilà sans doute ce qui pourrait réconcilier les électeurs et la politique. En définitive, qu’il y ait des questions internationales essentielles et qu’il y ait des femmes battues ailleurs est une considération secondaire si l’on ne met pas prioritairement l’action politique sur le terrain national. Que le Président s’occupe des questions qui touchent le quotidien de nos concitoyens semble être et en définitive est sans doute primordial. Pour le reste, personne ne fera reproche au ministre des affaires étrangères de s’intéresser aux questions internationales mais on reprochera au Président de ne pas s’intéresser aux affaires économiques, sociales et intérieures.
La chose n’est pas nouvelle ; elle peut scandaliser. Elle n’est pas nouvelle, lorsqu’on se souvient qu’en 1969, G. Pompidou mettait la priorité de son action sur les affaires économiques et s’engageait à faire en sorte qu’il y ait un lave linge dans chaque foyer. Elle peut choquer lorsqu’on est convaincu que les questions internationales sont aussi voire plus fondamentales que les problèmes franco français. Souvenons-nous de cette formule de C. De Gaulle :
« Le Président, qui choisit le Premier Ministre, qui le nomme ainsi que les autres membres du Gouvernement, qui a la faculté de le changer, soit parce que se trouve accomplie la tâche qu'il lui destinait et qu'il veuille s'en faire une réserve en vue d'une phase ultérieure, soit parce qu'il ne l'approuverait plus ; le Président, qui arrête les décisions prises dans les Conseils, promulgue les lois, négocie et signe les traités, décrète, ou non, les mesures qui lui sont proposées, est le chef des Armées, nomme aux emplois publics ; le Président, qui, en cas de péril, doit prendre sur lui de faire tout ce qu'il faut ; le Président est évidemment seul à détenir et à déléguer l'autorité de l'Etat. Mais, précisément, la nature, l'étendue, la durée de sa tâche impliquent qu'il ne soit pas absorbé, sans relâche et sans limite, par la conjoncture, politique, parlementaire, économique et administrative. Au contraire, c'est là le lot, aussi complexe et méritoire qu'essentiel, du Premier Ministre français. »
Ce Président là est-il décidément mort et les français ont-ils envie d’élire un Premier ministre au sens gaulliste du terme ? Voilà sans une des raisons du choix de certains des électeurs : ils voteront pour celui dont ils pensent qu’il s’occupera d’eux avant de s’intéresser au reste du monde. Qu’on le regrette ou non, c’est une réalité.
Il y a bien longtemps (dans les années 50) un journaliste (Raymond Cartier) avait lancé un slogan qui devait faire mouche et qui créait un mouvement portant le nom même de son auteur : La Corrèze avant le Zambèze. Le cartiérisme (qui voulait que l'on s'intéressa à la métropole avant les colonies) même revisité (supprimer l'aide au développement) n’est pas exactement ce que nos concitoyens demandent mais cela n’en est pas loin dès qu'il s'agit de privilégier les affaires intérieures et sociales sur les questions internationales.
17:55 Publié dans Présidentielle 2007 , Billets d'humeur | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Commentaires
Commentaire sans grand lien avec le sujet traité, mais je tenais à dire que vous êtes le professeur le plus marquant que j'ai pu connaître lors de mon passage à la fac de droit de Lille 2.
Vous avez su éveiller en moi un goût toujours marqué pour les questions traitant du droit constitutionnel (comme quoi c'est possible !).
Votre site témoigne de votre sagacité et de la qualité de votre analyse tant politique que juridique.
Ecrit par : Thomas | 21.01.2007
C'est drôle, ce que vous écrivez. Pour moi, et vu l'organisation des institutions, l'aptitude à traiter les questions internationales est un critère décisif dans le vote présidentiel. C'est tout de même bien le président qui représente la France à l'étranger, plus que tout autre. Si j'interroge mon imaginaire électoral, j'y trouve la nécessité d'une figure parentale (masculine ou féminine, mais cette composante existe, c'est inhérent à la focntion), une capacité à représenter les gens mais pas nécessairement quelqu'un de trop "comme tout le monde", un parcours politique cohérent, une capacité à envisager le pouvoir politique en démocratie pour ce qu'il est (un exercice difficile, salissant, pas toujours glorieux), la capacité à penser pour tous et au delà d'un parti (bref un projet, sinon personnel du moins suffisamment universel pour qu'on puisse s'y reconnaitre), une bonne culture et un sens des gens éprouvé, ainsi qu'une certaine incarnation de ce que je ne peux appeler que "le français français". Plutôt catholique gallican (ca dispense de beaucoup de rigidités), avec sa part d'ombre éventuellement (on veut un humain, pas un robot ou un Monsieur Propre ...). Le patrimoine ou la vie privée de cette personne m'est parfaitement indifférent dès lors que tout cela n'est ni illégal ni criminel : on élit un politique, pas un père-la-morale. F. Mitterand a su admirablement incarner tout cela, indépendamment du PS. J'aimerais bien savoir si l'image du présidentiable en France au XXème siècle a déjà fait l'objet d'études, en plus des programmes politiques proposés et des choix politiques des électeurs. Il me semble qu'il y a des gens présidentiable et d'autres qui ne le sont pas.
J'aime bien votre blog, trouvé par hasard lors d'une recherche sur la dette de l'Etat. J'aime bien aussi Bach, Mozart et Little Miss Sunshine.
Ecrit par : Louise | 01.02.2007
Qui est à blamer de cette situation que vous décrivez dans votre article? les Français? les médias? les politiques?
A mon avis les Français ne sont pas les coupables. Ils n'ont pas tous suivi un cours de droit constitutionnel. Il suffit de leur rappeler ou expliquer le rôle du Président de la République. Il y a un véritable travail d'éducation à faire qui devrait être mené par les medias et les politiques. Et cette campagne présidentielle est le bon moment! Pourquoi, par example, les politiques ne parlent ils pas plus d'Europe alors que celle-ci prend d'année en année une place de plus en plus importante dans la vie des Français?
Ecrit par : Aude | 15.02.2007



