« Des grands monts vient le secours ... | Page d'accueil | Et le rythme ? »
14.12.2006
Tu vivras, toujours grande et belle
F. Rollin publiait, il y a quelques jours une décision fort amusante du Conseil d’Etat et ajoutait son humour personnel dans un commentaire décapant. Du rire en droit, voilà un beau programme et le droit administratif, avec ses arrêts de responsabilité, n’est pas avare de situations burlesques.
Nos voisins d’outre Quiévrain (pour mes rares lecteurs éloignés des Flandres, nos voisins belges) ont introduit hier l’humour dans une autre branche du droit public, le droit des institutions.
Hier, le Royaume a, un instant, disparu.
Près d’une heure durant la télévision nationale belge francophone (RTBF 1) provoquait la panique en annonçant la sécession de la Flandre et le départ précipité du Roi. Des gabelous vérifiaient les papiers et traquaient ceux qui franchissaient la nouvelle frontière entre les deux Etats.
Le gag n’est pas sans rappeler celui de O. Welles et sa « guerre des mondes » qui, reprenant pour partie les écrits de H.G. Wells, avait provoqué la panique aux Etats-Unis. Le canular télévisé belge vient de supplanter dans les annales le canular radiophonique américain.
Reste à dire que, en tant que voisin du Royaume, nous serions bien amère de le voir disparaître de la sorte. Paradis fiscal de bien des fortune du Nord, la Belgique offre un monde merveilleux de plaisirs. Il n’est qu’à voir les cohortes d’étudiants de Lille qui, chaque samedi, se rendent dans les boites de nuit qui fleurissent de l’autre côté de la frontière (la vraie … enfin, celle qui existe sur les cartes car, dans la réalité, bien malin qui parfois sait dire si l’on est encore en France ou en Belgique !). Une route entière est consacrée à ces établissement qui s’y entasse comme les frites dans un cornet. Ah, les frites justement, les moules, les gaufres de Liège, de Bruxelles, les chocolats, les tomates crevettes, les soles et tout le reste qui fait les délices de nos soirées passées qui au « noir pignon » qui au « Beffroi » ou à la « Veille poste ». Bref, le Nord ne serait plus le Nord s’il n’y avait plus la Belgique. Mais la Belgique c’est aussi l’humour, la dérision, la musique (le Théâtre de la monnaie), la variété (A. Cordy, J. Brel, etc.), le cinéma …
Mais pourquoi ce gag et pourquoi a-t-il si bien marché.
Le Royaume de Belgique est né en 1830 (officiellement l’indépendance est proclamée le 4 octobre 1930 mais reconnue le 20 janvier 1981) d’une révolution qui conduit à la sécession d’une partie du territoire des Pays-Bas. Néerlandophones catholiques et francophones s’allient contre la couronne néerlandaise qui tente d’imposer le Néerlandais et le protestantisme. L’union est plus circonstancielle que réelle. Un Roi est cependant trouvé Léopold 1er Duc de Saxe-Cobourg (21 juillet 1831) Après qu’une constitution ait été adoptée (7 février 1831). Depuis le Royaume a bien changé.
La Belgique est un état complexe, pratiquement un état fédéral composé de :
- Deux grandes régions Flandre et Wallonie, correspondant plus ou moins à la frontière linguistique mais, en Wallonie du moins sans avoir les mêmes institutions que la communauté francophone.
- Trois communautés linguistiques : Flamande, Francophone et Germanophone (9 communes)
- Enfin les 19 communes de "Bruxelles capitale" qui sont théoriquement bilingues constituent une autre entité avec ses propres institutions.
Bref, un enchevêtrement de compétences et de divisions qu’il est parfois difficile de comprendre et que je renonce pour ma part à expliquer dans ce billet tant les choses seraient complexes.
On s’arrêtera donc simplement à cette réalité : sans la monarchie, il me semble bien que la Belgique ne serait plus. Elle vient de fêter ses 175 ans cette année, et lors des cérémonies, une seule question se posait, : fêtera-t-elle ses 200 ans ?
C’est que les deux grandes régions se séparent l’une de l’autre de plus en plus nettement : la Flandres industrieuse, riche et encore démographiquement dynamique se soude ; la Wallonie ancienne puissance charbonnière frappée de plein fouet par un crise économique profonde et la recherche d’une unité.
Rien d’étonnant dans ce contexte que certains, surtout en Wallonie d’ailleurs, ou l’émission était diffusée, aient pu croire à cette partition. Y a-t-on cru parce que l’on craint que cela se produise ou parce que on l’espère. Sans doute un peu des deux. Le seul élément qui aurait dû faire hésiter c’est justement le départ du Roi. Trop rapide et trop précipité pour cette dynastie qui a déjà connu l’opprobre durant la seconde guerre mondiale pour une collaboration trop nette avec l’occupant nazi. Albert II, comme Baudouin, reste le ciment de l’unité nationale et on ne saurait imaginer que le Roi des belges ne quitte son pays autrement que chassé par les évènements ; une fuite jamais.
Alors cette émission sera-t-elle salutaire pour la Belgique ? Elle a au moins eu le mérite de révéler le malaise du pays et de montrer que l’idée même de la partition est bien dans la tête des belges. Il faut simplement regarder maintenant avec intérêt comment les politiques de ce pays vont réagir à l’évènement. Car si cette émission peut ressouder la Nation, elle peut aussi donner envie à d’autres de l’engouffrer dans la brèche ainsi ouverte. Les évènements de cette nature sont rares ; ils méritent attention.
Le canular fera rire beaucoup en France, ce sera la dernière histoire belge. Un jour peut-être on dira de cette émission qu’elle fut le premier maillon d’une réaction en chaîne. On méditera alors cette phrase d’un belge fort connu : « Le rire est une chose sérieuse avec laquelle il ne faut pas plaisanter » (R Devos).
Et cette fois le titre ?
17:40 Publié dans Généralités | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note




Commentaires
Elémentaire, mon cher Professeur !
It is, of course, the national anthem de Belgique : la Brabançonne qui, elle aussi, est trilingue : elle peut être chantée en français, néerlandais et en allemand.
Ecrit par : De Sigalas | 14.12.2006
@ De Sigalas
Oui mais quelle version ? précisez votre réposne s'il vous plait
Ecrit par : ckelk12bi1 | 14.12.2006
La 4° strophe du texte de Charles Rogier, sur une partition arrangée par Bender ?
Ecrit par : De Sigalas | 15.12.2006
Oui c'est cela dans la "version officelle de 1953" dont Rogier n'a cependant pas écrit toutes les paroles. La branbançonne a connu au moins quatre versions sans qu'un texte officiel soit réellement arrêté. Pour tous les détails sur l'histoire d la Brabançonne :
http://www.arquebusiers.be/brabanconne.htm/
Ecrit par : ckelk12bi1 | 15.12.2006
A mon tour d'avouer mes sources : vive Wikipédia !
Ecrit par : De Sigalas | 15.12.2006
Les commentaires sont fermés.