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26.10.2006
Jurys populaires 2
On continuera avec les propositions de Mme royal en faisant encore deux remarques.
La première me permet de répondre à ceux qui, sur mon mail plutôt que sur le blog, m’accusent d’être hostile à la « favorite des sondages » et partant un peu machiste … Mme Royal est souvent accusée de ne pas avoir d’idées. Je lui ferais plutôt le reproche pour ma part d’en avoir trop ; il suffit de lire son blog pour s’en apercevoir : ce ne sont pas les propositions qui lui manquent et elle peut donc facilement lancer des initiatives tous azimuts. Elle parvient dès lors, et c’est l’essentiel, à ce que le débat tourne autour de ses (ces) idées laissant du même coup le sentiment que ses adversaires (dans son camp ou à droite) sont à la remorque. Même le Premier ministre est appelé à les commenter et à surenchérir en proposant que « certains conseils des ministres » soient retransmis à à la télévision. N. Sarkozy l’a bien compris. Il essaie par bien de moyens, dès qu’il le peut, de lui griller la politesse comme par exemple sur le logement social. En tous les cas, dans le débat entre les prétendant socialistes, la chose est nette ? DSK et Laurent Fabius se positionnent en fonction des sujets que Mme Royal abordent et semblent ne pas avoir de propositions aussi concrètes à faire qu’elle. On interrogeait hier DSK sur France 2. Il a eu bien du mal a expliquer le caractère concret de sa proposition sur le « capital jeune de départ » qui serait accordé par l’Etat à cette catégorie de la population : elle manifestement en gestation et le candidat, suivant l'exemple de S. Royal, fait appel aux idées des citoyens pour la construire ... . Ensuite, répondant à la question de savoir ce qu’il ferait s’il n’était pas désigné par les militants socialistes (question qu’il faudrait du reste poser aussi à Laurent Fabius et à Ségolène Royal) DSK a accepté de se placer dans cette situation et répondu qu’il soutiendrait le candidat désigner. N’est-ce pas là admettre dès l’instant que cette possibilité est réelle ? Fallait-il accepter de répondre ? Peu importe, l’idée que S. Royal est en tête fait qu’elle est en tête et que le vote des militants prendra en compte, peu ou prou cette situation. Ni anti ni pro Royal est de constater que le débat tourne autour de ses propositions et dès lors, nous-mêmes de réfléchir à celles-ci. Nous ne manquerons pas de réagir à celles des autres, Qu’on se rassure.
La seconde remarque concerne la volte face de S. Royal s’agissant des jurys populaires dans le cadre du Conseil des ministres. La réponse donnée mardi soir lors du débat entre les prétendants socialistes estimant qu’il serait naturel qu’un jury populaire soit mis en place aussi pour l’activité du Conseil des ministres était, de toute évidence, trop rapide et par là irréfléchie. Comment faire fonctionner ce système lorsqu’on sait que les Conseils des ministres se tiennent à huis-clos et qu’y sont débattues des questions forts sensibles de politique internationale ou militaire. Il est déjà pratiquement impossible de savoir ce qui se passe exactement lors de ces Conseils en dehors du compte-rendu officiel qui en est réalisé ; les comptes-rendus complets n’étant ouverts aux chercheurs qu’après une période de secret relativement longue. On imagine mal qu’un panel de citoyens tirés au sort puissent avoir ainsi accès à une information aussi sensible. Par ailleurs, on doit là encore se poser la question : comment faire fonctionner ce mécanisme dans le cadre d’un régime parlementaire qui met en place une responsabilité collective du Gouvernement devant le Parlement ? Mais l’affaire semble close. Une précision a été apportée : il s’agirait simplement de demander l’avis dudit panel avant le Conseil sur les principaux sujets de société. On imagine malgré tout la complexité de la chose. Sur quoi cet avis sera-t-il recueilli ? Sur les projets de lois ? Les citoyens auront-ils en main les différentes options possibles ? Connaitront-il l’avis du Conseil d’Etat ? Seront-ils soumis eux-mêmes au secret leur interdisant de communiquer les documents dont ils sont saisis ? Quant à l’idée présentée par le Premier ministre de retransmettre certains Conseil des ministres à la télévision … On dira pour rester aimable qu’il est étonnant d’entendre une telle proposition dans la bouche du Premier ministre. Non point qu’elle soit choquante, non ! Simplement quel peut être l’intérêt d’un telle retransmission ? Sera-t-on en direct ? Auquel cas, il y a fort à parier que personne ne dira rien et que tous les doigts seront sur la couture du pantalon. Retransmettra-t-on les Conseils des ministres uniquement lorsque l’ordre du jour est sans intérêt … alors où est l’intérêt ? Et si le Conseil a un intérêt comment assurer le secret des délibération encore une fois ! Qui plus est, chacun sait que les interventions au Conseil des ministres sont le plus souvent convenues et préparées. Il suffit pour s’en convaincre de lire le passage consacré à ce cérémonial dans l’ouvrage de A. Decaux « Le tapis Rouge » … Quelle chaine retransmettra ce moment essentiel de la démocratie où, en fait, il ne se passe rien dès lors que le Conseil des ministres n’a rigoureusement aucun rôle constitutionnel réel.
On le voit la proposition des jurys populaires fera encore couler beaucoup d’encre et agitera encore les constitutionnalistes pendant les prochaines semaines. On espère simplement avoir plus de précisions sur le fonctionnement de ces mécanismes car il n’est pas facile de disserter sur de simples formules orales encore à peine ébauchées.
Le blog de S. Royal devrait pouvoir permettre de poser toute ces questions à la candidate à la candidature. Espérons obtenir les réponses !
Affaire à suivre donc.
14:15 Publié dans Droit Constitutionnel , Présidentielle 2007 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Royal, Jury populaire, Révision
Commentaires
Merci Monsieur pour votre célérité, c'est toujours un plaisir que de réagir sur votre analyse avisée de la politique française, ces derniers jours en pleine ébullition. J'avoue que je suis à la fois circonspect et inquiet après les propositions émises par Mme Royale. Circonspect car comme vous l'avez très bien démontré, la réalisation concrète s'annonce très difficile, qui plus est, qui peut imaginer une seconde qu'elle ait une quelconque majorité au Congrès sur un tel projet, elle aurait alors la possibilité de recourir à un référendum, mais courcicuiter ainsi ses propres parlementaires (dans l'hypothèse où elle aurait remporté présidentielles et législatives) serait plus qu'une faute politique et l'amènerait très vite à sa perte, car la réalité est bien loin du téléfilm "L'Etat de Grâce" qui nous a été servi récemment par France 2, plus dans un souci de distraction que d'information des citoyens, ça va sans dire! Mais je suis aussi inquiet car cette proposition des "jurys citoyens" révèle à la fois un antiparlementarisme primaire (venant de quelqu'un qui ne passe que très peu de temps à l'Assemblée ce n'est pas étonnant me direz vous) et une d'une volonté de suspecter constamment les hommes politiques. Encore une fois, elle se justifie par "vous ne pouvez pas me dire que tout va bien". J'en reviens à un éternel problème, nos homme politiques confondent constamment les causes et les conséquences, multipliant les fausses bonnes idées. Que le peuple soit aujourd'hui plus que sceptique et suspicieux envers ses hommes politiques est un problème grave qu'il faut s'attacher à résoudre, mais doit-on pour autant céder à la facilité, c'est à dire simplement leur rendre le pouvoir. Jusqu'à présent personne n'a trouvé, même ceux qui la critiquent, plus efficace que la démocratie représentative. Je pense que le vrai problème c'est comment impliquer aujourd'hui les citoyens davantage, eux qui semblent vouloir être consultés plus souvent. Une solution serait peut-être celle du droit de pétition, autrement dit de la possibilité donnée à des centaines de milliers de citoyens de se réunir, ils pourraient utiliser des moyens modernes comme internet, et de forcer le parlement à se saisir d'une proposition de loi. Autrement dit une proposition de loi qui serait signée par un grand nombre de citoyens pourrait être automatiquement inscrite à l'ordre du jour de l'assemblée nationale et cela pourrait amener les politiques à y réfléchir et à prendre leur responsabilité, dans l'hypothèse bien entendu que ceux-ci ne tombent pas dans la facilité et la démagogie en allant forcément dans le sens de telles propositions.
Mais c'est aussi la méthode de Ségolène Royale qui ne va pas sans poser de problèmes, et sur ce point on peut rajouter Nicolas Sarkozy, comment expliquer cette nouvelle technique, proposer une idée et corriger ensuite, mais l'idée est tout de même lancée. Cela m'interroge vraiment, on ne leur demande quand même pas d'être des agitateurs d'idées, on attend parfois de ceux qui nous gouvernent ou font campagne pour le faire, qu'ils fassent un travail minimum de réflexion et qu'ils nous proposent de vraies solutions, qu'on peut mettre en œuvre et qui ne posent pas à chaque fois d'insolubles problèmes juridiques. Il ne faudra pas s'étonner si on continue ainsi que l'extrême gauche et l'extrême droite gagnent de plus en plus de terrain, car leur spécificité à elles, n'est-elle pas justement de proposer des choses irréalisables? Vous me direz, et qu’on ne voudrait pas voir se réaliser...
Dans tous les cas, il y a aujourd’hui de vrais problèmes en France qui demandent de vraies solutions mais nos hommes politiques ne devraient pas s’y tromper, ce n’est pas un changement de la constitution ni de l’ensemble des lois de notre pays qui va apporter les solutions, c’est bien un changement d’attitude qu’il faut, du courage politique et des idées raisonnées voilà ce qui finalement manque trop souvent à une majorité d’entre eux.
Ecrit par : Thibaut C. | 27.10.2006
S'il est vrai que les révision constitutionnelle n'est pas la solution de tous les mots, il est néanmoins curieux que nombreux sont parmi les "hommes politiques" ou nos concytoyens à y voire un solution. Ainsi, j'entendais récemment Jean-Marie Cavada dire, dans les "quatre vérités" sur Fance 2 le matin : "ce n'est pas la france qui est malade, ce sont ses institutions". N'est-ce pas simplement un moyen de détourner l'attention. Il est vrai que "tout ne va pas bien" mais s'il suffisait de réviser pour que tout aille mieux, pourquoi ne pas le faire une bonne fois pour toute. mais peu importe. Votre commentaire me conduit à redire ici avec force d'une des questions essentielles de la campagne présidentielle est ignorée : celle des élections léigslatives qui vont suivre. Je prépare un billet dans ce sens pour ce week-end sans doute. A bientôt donc.
Ecrit par : ckelk12bi1 | 28.10.2006



