« Jurys populaires 2 | Page d'accueil | Séparation des pouvoirs »

26.10.2006

Etat général

Et revoilà les cahiers de doléances
Vieille institution d’ancien régime (est-ce un signe de l’usure du temps et de notre démocratie ?) les cahiers de doléances étaient rédigés dans les baillages et sénéchaussées pendant toute la période de préparation des Etats généraux. Ils s’agissait pour les trois ordres (on oublie souvent qu’il y avait des cahiers du clergé et de la noblesse) de faire remonter au Roi les « doléances » mais aussi et surtout les propositions de ses sujets. Pour les Etats de 1789, les cahiers sont une mine d’informations sur la société de l’époque et leur lecture laisse parfois sans voix. Rares sont ceux, même du Tiers, qui demandent des changements radicaux, des réformes importantes ou même des réformes profondes. Non, leur lecture approfondie montre qu’il s’agit pour l’essentiel de demander au Souverain plus de considération envers ses sujets ainsi que la prise en compte de leurs maux que des décennies d’incurie et d’ignorance avaient occultés.
Et voilà qu’en ce début de XXI° siècle, les plus démunis parmi les citoyens n’ont pas d’autre moyen de faire connaître la détresse qui est la leur que par des « cahiers de doléances » remis aux parlementaires. Qu’il s’agisse des détenus il y a quelques jours ou des quartiers hier, c’est par ce procédé d’u autre âge que les problèmes « remontent » vers les élus. C’est en dire long sur la déconnection de notre démocratie et de notre système représentatif … Les parlementaires (comme les gouvernants mais c’est encore plus choquant) sont tellement déconnectés de la bases qu’il leur faut recevoir de « cahiers de doléances » pour découvrir les problèmes. « Maintenant nous avons le sentiment d’être entendu » disait hier, confiant, l’un des membres du collectif qui a remis ces « cahiers » des quartiers. Puisse-t-il avoir raison et à défaut être écouté.
Ce hiatus entre les élus et les électeurs, pire entre les représentants et les citoyens (car il n’y a pas que des élus et bien des participants à ces cahiers ne sont pas électeurs) est une des faillites de notre système politique. Il peut comme en 1789, en devenir la raison de la chute. Il ne s’agit pas de verser ici dans le « déclinisme » cher à N. Baverez et dans le catastrophisme ambiant mais simplement de constater que des questions essentielles du fonctionnement de notre modèle social sont laissés sans réponse. « il est kéblo l’ascenseur social » ; « la prison fabrique des délinquants et ne réinsère pas » : voilà deux constats qui sont sans appel et, hélas, vrai du moins partiellement.
Prenons la première année de l’IEP de Lille. Oui vous, mes chers étudiants ! Regardez vous ! Ayez la curiosité de tourner la tête autour de vous le vendredi matin dans l’amphithéâtre. Vous êtes, les bons jours (il est vrai que pour reprendre le mot d’un de vos camarades, j’ai la fâcheuse habitude de faire cours au milieu de la nuit … à huit heures du matin) 150 dans l’amphi. Pensez-vous être représentatifs de la société française d’aujourd’hui ? On dit, c’est sans doute exagéré mais hélas partiellement juste, que vous serez l’élite de la France de demain … Alors, jouez ce rôle d’élite en refusant d’être simplement la copie de la France du XIX°. Proposez, innovez, étonnez en suggérant que le mode de recrutement de l’élite reflète mieux qu’il ne le fait la sociale mixité de notre pays. Sinon dans quelques années, le peuple vous fera des « remontrances » avant de faire la révolution. L’histoire de se répète pas, c’est vrai. Elle a pourtant tendance parfois à bégayer. Ces « cahiers » ne me choquent pas, ils n’inquiètent et, pour reprendre un bon mot de notre grand « Littré », ils ne me surprennent pas, ils m’étonnent comme m'étonne l’étonnante absence d’étonnement qu’ils gérèrent.

Les commentaires sont fermés.